genre – ASSOCIATION TARDIGRADA / La Buerie Permanence Bibliothèque Taverne TOUS LES JEUDIS de 18H à 22H Tue, 10 Jun 2025 12:50:31 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1.2 /wp-content/uploads/sites/11/2026/09/cropped-logo-1-32x32.jpeg genre – ASSOCIATION TARDIGRADA / 32 32 NOS SEXES SONT POLITIQUES – manuel illustré d’anatomie génitale – le planning familial /2025/06/10/nos-sexes-sont-politiques-manuel-illustre-danatomie-genitale-le-planning-familial/ Tue, 10 Jun 2025 12:50:31 +0000 /?p=2093 PDF en ligne ou à imprimer: Derniere mise à jour!

2024_Manuel_Anatomie_Genitale_PF_BD

]]>
Procès des viols de Mazan : en faire un boucan d’enfer -Chronique par Lola Lafon /2024/09/24/proces-des-viols-de-mazan-en-faire-un-boucan-denfer-chronique-par-lola-lafon/ Tue, 24 Sep 2024 14:05:11 +0000 /?p=2751 Lire la suite Lire la suite

]]>
On aura été témoins de tant de gestes exceptionnels, cet été olympique ; on aura fêté et célébré le courage, la force, la capacité à dépasser ses limites. Qu’est-ce qu’un exploit ? C’est une «action d’éclat, héroïque», c’est une prouesse, selon les définitions. Comme on aime y assister, les regarder. Aujourd’hui, une femme s’apprête à accomplir un exploit. Sa force est inimaginable. Son courage est sans pareil. Elle n’est porteuse d’aucun drapeau à moins qu’elle ne les porte tous. Aucune médaille ne viendra la récompenser : tout juste espère-t-on qu’elle sera entendue. C’est elle qui nous regarde. Elle nous invite à nous pencher sur l’abîme dans lequel elle n’a pas sombré ; qu’on y plonge, avec elle. Cette femme se prénomme Gisèle. Si je n’écris pas son nom de famille, c’est qu’il n’est pas le sien, il appartient à celui qui fut son mari, devenu un bourreau.

Gisèle détient un savoir terrible et monumental ; elle porte la fin d’une illusion à laquelle on continue à s’accrocher. Elle vient confirmer la fin d’un mythe qui a tous les atours d’un déni collectif : le mythe du monstre. Ce monstre si familier, qui est au cœur de tant de contes, de séries, de films, de récits. On en est gorgé·e·s, de ces histoires, elles nous ont formé·e·s, éduqué·e·s. On a grandi entouré·e·s de monstres puissamment photogéniques. Toutes ces fictions consacrées à des serials killers extraordinairement malins, à des serials violeurs toujours interprétés par des acteurs charismatiques. Leurs proies, elles, demeurent interchangeables : des corps inertes, impuissants à se défendre, des femmes qui tremblent, qui supplient en vain un Barbe-Bleue, un Dracula, un tueur. Des sacrifiées à la souffrance sexualisée, vêtue d’une robe transparente que le monstre leur arrache. Aux enfants, on raconte l’histoire de la Belle au bois dormant, qui dort cent ans avant d’être réveillée par un prince. Elle attend qu’il lui confirme qu’elle est vivante. Il est le détenteur de son consentement, qu’elle ne peut accorder, puisqu’elle dort. Et, tandis qu’elle est inconsciente, il la porte sur un lit où il cueille les doux fruits de l’amour. Une société se définit et se constitue par les récits qu’elle privilégie, par les histoires auxquelles elle laisse toute la place. Si la fiction ne peut endosser seule la responsabilité de ce qui traverse notre société, lorsqu’elle en est le reflet si terriblement fidèle, la fiction devrait questionner ce qu’elle aime tellement nous raconter, encore et encore.

Miroir déformant du couple

«Monstre» a pour synonyme «phénoménal» et «faramineux». Des monstres, ces 51 accusés ? Mais ils sont, au contraire, d’une humanité médiocre, ceux devant lesquels Gisèle a choisi de se tenir, pour pouvoir les regarder droit dans les yeux. Ils ont la fadeur banale de monsieur Tout-le-Monde, ils sont ces insoupçonnables voisins, amis, collègues, des pères de famille charmants, ils sont cadres supérieurs, pompiers, profs, ouvriers, artisans ou journalistes, retraités ou jeunes trentenaires, ils sont de gauche, de droite, ils sont aimables, serviables, ils vont chercher leur enfant à l’école et font la vaisselle avant de scroller sur le Net et de s’inscrire sur un forum proposant de violer une femme sédatée, comateuse.

Bien sûr qu’on a peur de l’écouter, Gisèle. Ce qu’elle met au grand jour est terrifiant : il n’y a pas grand-chose qui différencie un violeur d’un homme. En quoi consiste-t-il, ce «pas grand-chose» ? Qui voudra répondre à la question ? Qui s’y attellera ? Si tous les hommes ne sont pas des violeurs, les violeurs peuvent apparemment être n’importe quel homme. Le procès de Mazan se distingue par le nombre des accusés, mais il est temps de cesser d’invoquer le caractère «particulier» de cette affaire, en la qualifiant de fait divers «hors norme». Cette affaire est le miroir grossissant de tout viol conjugal, ce crime si peu entendu, si peu reconnu. Cette affaire est le miroir déformant du couple. Et c’est en ça qu’elle pose des questions fondamentales.

Pour d’aucuns, être violée, c’est être attaquée dans une ruelle sombre par un inconnu qui vous déchire vos vêtements et vous menace d’une arme. Ces viols existent. Mais comment dire l’acte sexuel auquel on ne consent pas, qui se déroule dans sa propre chambre à coucher, après avoir couché les enfants ? Comment dire que, bien sûr, on est entrée dans le lit conjugal de son plein gré et peut-être même qu’on était nue ? Comment dire qu’on a dit non ou peut-être même qu’on n’a pas dit non, mais que tout notre corps disait non ? Comment dire qu’on ne s’est pas battue pas défendue car comment se défendre contre son mari, son compagnon ? Parfois, le violeur a la clé. De la maison, de la chambre, de l’intimité, du psychisme, de l’amour, de la relation. Il n’y a pas de caméras de surveillance dans les chambres à coucher. Ça sera parole contre parole. S’il n’y avait pas eu de preuves tangibles, s’il n’y avait pas eu ces milliers de terribles vidéos sur l’ordinateur du mari de Gisèle, qui l’aurait crue, cette histoire ? Il n’est pas besoin d’aller pointer du doigt des cultures qu’on qualifie de moyenâgeuses. Nous habitons ce pays dans lequel le corps d’une épouse n’est qu’un bien, qu’on s’échangera sur le Net, qu’on offrira à d’autres hommes, un cadeau de choix, une viande, une chose. Dans les articles consacrés au procès, on lit qu’elle est digne, Gisèle. Mais pourquoi ne le serait-elle pas ? L’indignité, c’est elle qui lui fait face.

Prouver qu’elles sont bien «crédibles»

Le viol est une terrible démocratie : n’importe qui peut en être victime. Derrière Gisèle, une foule attend, toute de récits oubliés, rangés, archivés, niés, classés sans suite. Une montagne de récits de victimes qui disent toujours la même chose. Si leur similitude donne le vertige, la persistance avec laquelle notre société bataille pour qu’il n’en reste pas un mot, aucune trace, de ces témoignages, donne la nausée. Celle-ci ? Elle a parlé un peu trop tard : vingt ans plus tard, vraiment ? Celle-là ? Elle portait un crop top. Bien trop dévêtue, c’est suspicieux. Cette autre ? Elle était voilée. Bien trop vêtue, c’est suspicieux. Celle-là avait 14 ans, que faisaient ses parents ? Celle-ci avait 39 ans, que faisait-elle avec des rugbymen de 21 ans? Elle avait accepté de prendre un verre ? Aucun verre n’est gratuit. Non non ma fille, tu n’iras pas du tout danser. Celle-ci, assassinée par son mari ? Elle avait, monsieur le juge, une «personnalité écrasante». Elle était dominante. Cette autre ? Elle était «frustrante», ne consentant pas à tous les actes sexuels. Toutes soupçonnables, toutes soupçonnées. Toutes objets d’enquêtes, même mortes. Toutes forcées de prouver qu’elles sont bien «crédibles». Des allumeuses, qui déclenchent l’incendie dans lequel elles périront. Comme il est bien rodé, ce monologue des agresseurs, comme on le connaît, comme je le connais, comme tu le connais, offrant des «raisons» à leur geste, des excuses, des explications. Cette inversion des responsabilités, on l’a vécue, on l’a subie. On aura été violée parce que. Et on a été élevées à les écouter, à les comprendre, même, toutes les raisons pour lesquelles on aura été brisées, bousillées. Et on a été bien entraînées, rompues à faire plaisir, à satisfaire, à plaire. Mais pas encore assez.

Il y a, dans le film la Nuit du 12, ces mots si simples et inoubliables, que prononce le personnage du policier qui enquête sur un féminicide : «Il y a quelque chose qui cloche entre les hommes et les femmes.» Cette phrase a la modestie d’un début. Elle reprend le récit à zéro. Ce «quelque chose», il va falloir le regarder en face. Par quel bout le défaire ? Gisèle a été l’objet d’une entreprise de destruction menée par un homme, son mari, qui n’a rien laissé au hasard ; un système, pensé, organisé dans ses moindres détails. Elle a vécu un calvaire ; mais qu’on ne fasse pas d’elle une martyre, une de ces icônes muettes au regard baissé qu’on aime à célébrer et à plaindre, justement, aussi, parce qu’elles le restent, muettes. En refusant le huis-clos, Gisèle exige de nous que nous regardions, que nous lisions, que nous écoutions. C’est bien le minimum. Qu’on n’accorde pas une minute de silence de plus aux victimes de violences sexuelles. L’hommage rendu aux mortes, le soutien aux violées, qu’il fasse un boucan monstrueux, qu’il soit un chaos inoubliable, durable. Qu’il soit une question obsédante, enfin.

]]>
UNE PLAYLIST CONTRE LE FASCISME /2024/06/16/une-playlist-contre-le-fascisme/ Sun, 16 Jun 2024 09:21:15 +0000 /?p=2764 Lire la suite Lire la suite

]]>
https://radiorageuses.net/spip.php?article1684 

Historiquement le fascisme est un système politique établit par B.Mussolini en 1922, qui associe populisme, nationalisme et totalitarisme au nom d’un idéal collectif suprême.
Le Néo-fascisme porté par les partis politique d’extrême droite a pour unique différence d’être “modernisé” avec un vernis démocratique pour plaire à l’électorat actuel.
L’Etat français, raciste et colonialiste, dirigé par un gouvernement qui n’est pas à proprement parlé d’extrême droite, déroule cependant tous les jours un tapis d’influences grandissantes et de nombreux points communs aux projets fascistes de l’époque.
A Micro Féroce, nous ne brandissons aucun drapeau mais nous rejoignons du plus profond de nos tripes la lutte antifasciste.
Nous croyons en l’importance de créer un front antifasciste ancré dans l’actualité, qui est transféministe et queer et ainsi plus inclusif que les milieux dit “antifa” traditionnels.
Nous nous réapproprions volontiers le slogan “Siamo tuttX antifascistX” non pas comme un simple décorum militant mais bien comme un cri de ralliement et de lutte pour organiser nos résistances féministes, antiracistes, anticolonialistes, internationalistes contre l’extrême droite et ses discours suprématistes qui sont les mêmes que ceux des fascistes des années 30.
Le massacre qui se déroule actuellement en Palestine et au Liban, opéré par un gouvernement d’extrême droite israélien nous le rappelle chaque jour.
Nous n’attendons pas d’être au soir des victoires fascistes dans le champ électoral pour commencer à organiser nos résistances, alors pour se sentir unies, nombreux.ses et solidaires, ce soir nous vous proposons notre playlist Antifasciste.
SIAMO TUTTE ANTIFASCISTE
Bon écoute

]]>
Prise de parole au nom de STS* à la manif contre les lois transphobes a Strasbourg dimanche 26 mai /2024/05/27/prise-de-parole-au-nom-de-sts-a-la-manif-contre-les-lois-transphobes-a-strasbourg-dimanche-26-mai/ Mon, 27 May 2024 09:02:21 +0000 /?p=2677 Lire la suite Lire la suite

]]>
Je prends la parole au nom de STS – *Support Transgenre Strasbourg. Cornelia Schneider

Soyons clair-e-s, cette attaque frontale et ouverte contre les droits des personnes transgenres, et contre les Droits Humains tout court, que nous vivons actuellement est une véritable déclaration de guerre, et elle ne s’arrêtera pas là : comme toujours, les fascistes commencent par s’attaquer aux catégories de personnes qu’ils ont eux-mêmes exclues, minorisées et opprimées pour ensuite s’attaquer à la société tout entière : après les transgenres mineur-e-s ce sera au tour des transgenres majeur-e-s et aux intersexes, ensuite à toutes les personnes LGBTQIA+ et queer, ensuite à toutes les femmes, sans oublier bien sûr les racisée-s, les migrant-e-s et les pauvres, et on finira dans pas longtemps là où on en était dans les années ‘40 du siècle dernier : dans un fascisme décomplexé et violent, dominé par le cis-hétéro-patriarcat sexiste, raciste et classiste.
Et ne nous faisons pas d’illusions, ce n’est pas notre gouvernement actuel qui agira contre nos ennemis, bien au contraire : par ses programmes politiques réactionnaires à répétition il encourage justement tous ces fascistes haineux à agir impunément et à vomir leur haine en continu dans tous les grands media nationaux. Compter sur ce gouvernement cynique pour nous soutenir serait une grave erreur. Mais nous avons d’autres allié-e-s.
Nous sommes aujourd’hui ici parce que nous sommes en colère et déterminé-e-s à nous battre, et surtout nous ne sommes pas seul-e-s : nous avons des allié-e-s solidaires qui luttent déjà à nos côtés, et nous en aurons encore plus. Car de plus en plus de gens comprennent que le fascisme est une gangrène qui n’épargnera personne en fin de compte, qu’il finit toujours par tout détruire sur son chemin. Les féministes intersectionnelles et les antifascistes sont déjà en train de se joindre à nous (merci à vous d’être là !), et nous devons renforcer et amplifier ce combat solidaire contre nos ennemis communs. Mais la convergence
des nos luttes ne tombe pas du ciel et ne peut pas se décréter, elle doit se construire horizontalement et dans le consensus de nos convictions pour devenir forte et durable, et chez STS nous pensons que c’est exactement ça le premier travail politique que nous devons faire maintenant.
Afin que non seulement les personnes transgenre puissent enfin vivre au lieu de juste survivre, mais aussi afin que tout ce système politique bâti sur la division, la haine et l’oppression finisse par s’écrouler : il faut que la peur change de camp. Le fascisme est totalitaire, opposons-lui notre combat révolutionnaire et notre projet d’une société différente. Nous n’avons rien à perdre et donc tout à gagner, allons-y, battons-nous ! Parlons de ça dans nos assembléesgénérales, décidons, et agissons.
Merci

 

]]>
Un césar d’honneur pour la parole des actrices, par Lola Lafon /2024/02/19/un-cesar-dhonneur-pour-la-parole-des-actrices-par-lola-lafon/ Mon, 19 Feb 2024 08:53:13 +0000 /?p=2577 Lire la suite Lire la suite

]]>
 

A quelques jours de la cérémonie, pourquoi ne pas remettre un prix à toutes celles qui nous offrent la promesse d’un nouveau récit. Il est temps d’en finir avec cette indulgence pour de pseudos pygmalions qui se rêvent subversifs, des Barbe-Bleue fascinants, quand ce ne sont que les petits chefs d’une entreprise sordide.

On la connaît bien, cette histoire : elles arpentaient les allées d’un supermarché, elles sortaient du lycée, d’un café ou de leur cours de danse et là , un casting directeur les a abordées, c’est ainsi qu’elles ont été repérées. On la connaît tellement, cette histoire : celle de jeunes anonymes qu’un regard
d’adulte révant le au monde, des enfants métamorphosées en actrices. L’histoire du cinéma en est remplie, de ces narrations dont on se repaît : elles n’étaient qu’elles-mêmes. Mais le cinéma rôdait, qui les a flairées et à «déouvertes», pour mieux nous les offrir, se les offrir.

Ce conte, un avant-aprés fantasmatique qui escamote la notion de travail, du métier d’actrice, dit, en substance, qu’une actrice est créée par le désir d’un réalisateur, que ce dernier la fabrique. Et ce conte a été au coeur des rêveries de mon adolescence, comme peut-être de la vôtre. Pas une semaine ne
passait sans qu’on lise dans un magazine le récit de «la» rencontre décisive : Béatrice Dalle découverte dans la rue, Natalie Portman dans une pizzeria, Sophie Marceau, dans une audition qu’elle passait «par hasard», comme, des décennies plus tôt, Lana Turner «trouvé» dans un drugstore. Comme on en révait,
de ce regard d’adulte qui se poserait sur nous, comme on l’attendait, cette validation ; mais quand serait-on enfin élues, sorties de nos vies au bois dormant ?

Repérage, repérée, repérer : verbe transitif :
« apercevoir, distinguer, remarquer parmi d’autres quelqu’un ou quelque chose » Les mots se racontent à qui veut bien les inciser : repérer a pour synonymes «saisir», «borner», «pénétrer». Et cette recherche rituelle de nouveaux visages est «un casting sauvage». De quelle battue, de quelle chasse parle-t-on ?

Si le dictionnaire définit l’acteur·rice comme une personne qui «rêvait un autre caractère que le sien […] et oublie sa propre place, à force de prendre celle d’autrui», l’acteur·rice est également une «personne qui agit».

Alors, action.

Voilà qu’elles inversent les rôles, celles qu’on dévore du regard : ce sont elles qui nous fixent, droit dans les yeux, elles ont des choses à nous dire. Voilà que surgissent des évadées. A qui personne n’écrira leur texte, cette fois-ci. Leur rôle, elles l’ont choisi. Sans doute ont-elles un peu d’appréhension, en coulisses, toutes celles qui, ces dernières semaines, nous invitent à voir ce qui se trouve derrière la porte close. Sans doute
sont-elles justifiées, leurs craintes. Celle de ne pas étre crues.
Celle d’étre balayées comme une rumeur provisoire, un bruit qui court. Celle d’étre reléguées à la cave du cinéma, ou gisent tant d’élues repérées, prises et utilisées avant d’étre effacées, bousillées.

De la possibilité de voir le réel se dédoubler

Dans quelques jours, le 23 février, aura lieu la céeémonie des césars. Si le cinéma est ce bouleversement intime et partagé qui crée, en nous, la possibilité de voir le réel se dédoubler, le désir de se raconter une autre histoire, alors, ce soir-là, il faudrait leur faire une ovation, aux actrices. Il faudrait leur offrir un césar d’honneur, car elles nous offrent, en ce moment, la promesse d’un nouveau récit, c’est un point de départ.

On les imagine arriver du fond de la scéne comme on revient de loin. Des silhouettes connues et des oubliées, figurantes et icônes mélées. Leur visage est nu, beau et marqué, c’est leur vrai visage. Elles forment un horizon et parlent d’une seule voix, celle de toutes, cette histoire est la leur ; et cette histoire est la nôtre, aussi, qui en sommes les spectateur·rice·s.

Certaines parlent haut et fort, d’autres chuchotent. Celles, dans la salle, qui hésitaient encore, se lévent et les rejoignent. En coulisses, elles sont là, les invisibles, techniciennes, maquilleuses, scriptes. Elles sont si terriblement nombreuses au générique…

Qu’on les applaudisse. Et qu’elles ne quittent pas la scéne trop vite. Car il faut les chérir et les remercier, celles qui proposent qu’on se déplace, enfin. Il est temps d’en finir avec nos fascinations vieillottes, cette indulgence pour de pseudos pygmalions qui se rêvent subversifs, des Barbe-Bleue fascinants, quand ce ne sont que les petits chefs d’une entreprise sordide. Comme elle est banale, l’histoire qu’ils s’offusquent de ne plus pouvoir raconter aujourd’hui, celle de leur jouissance à dominer, un récit dont ils se veulent les seuls et uniques narrateurs.

Il y a quelques semaines, au détour d’une ruelle parisienne, j’ai vu ces quelques mots inscrits sur un mur : «It was never too late.»
Une phrase énigmatique, pleine d’espoir et troublante, aussi, car elle interroge nos choix, ce qu’on fera ou pas du futur : «il n’a jamais été trop tard».

chronique de lola lafond
https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/un-cesar-dhonneur-pour-la-parole-des-actrices-par-lola-lafon-20240216_PGZSETBHVJB3VHIELHYSLSGROQ/

]]>
[Communiqué] Lallab dénonce la chasse aux abayas du gouvernement /2023/12/18/communique-lallab-denonce-la-chasse-aux-abayas-du-gouvernement/ Mon, 18 Dec 2023 09:57:41 +0000 /?p=2509 Lire la suite Lire la suite

]]>
 https://www.lallab.org/

Nous dénonçons une énième campagne de harcèlement à l’égard des jeunes filles musulmanes, qui sont une nouvelle fois les cibles de l’islamophobie au plus haut niveau de l’Etat. Après la loi de 2004, interdisant aux jeunes filles musulmanes de porter un foulard au sein des établissements publics, voilà maintenant qu’elles n’ont plus le droit de porter des robes longues (abayas), une dérive de la loi de 2004 attendue et dénoncée depuis vingt ans maintenant qui s’accélère sous la pression de l’extrême droite et l’extrême-droitisation des discours politiques.

Car ne nous y trompons pas : si aujourd’hui la question prend de l’ampleur, le harcèlement des femmes musulmanes à l’école vis-à-vis de leur tenue ne débute pas avec la déclaration de Monsieur Attal. La possibilité pour les mères accompagnatrices de porter le foulard ou même de rentrer dans certains établissements récupérer leurs enfants, et pour les élèves de porter bandeaux, jupes longues, “vêtements sombres” et aujourd’hui abayas : à chaque fois, c’est la même mécanique à l’œuvre, la même obsession pour le contrôle des corps des enfants, des filles et des femmes musulmanes.

Lallab dénonce un harcèlement islamophobe sexiste et raciste, qui donne libre champ au délit de faciès dans l’enceinte de l’école. En effet, Monsieur Attal déclare « qu’on ne doit pas être capable d’identifier la religion des élèves en les regardant », mais par contre nous devrions être capable d’identifier la religion d’un vêtement ? Car comment faire la différence entre une robe longue autorisée et une robe longue interdite si ce n’est en fonction de celle qui la porte, en fonction du faciès ou du patronyme des élèves ? Les jeunes filles musulmanes racisées seront donc en première ligne de ce profilage racial et de ce fichage religieux, ce qui est une bien plus grande atteinte à la laïcité que l’abaya ne le sera jamais.

Lallab dénonce donc une attaque grave contre cette laïcité, telle que posée dans la loi de 1905. Alors que le principe de laïcité garantit la liberté de conscience et de culte, et impose la séparation des Eglises et de l’Etat et la neutralité de ses agents, on va demander à des personnels de l’Education Nationale de déterminer quel vêtement est religieux et lequel ne l’est pas. Alors que l’école est un droit, et qu’elle doit être un espace d’apprentissage de la liberté et de l’égalité, Gabriel Attal entend y renforcer la discrimination, le harcèlement, le sentiment de rejet et d’insécurité et l’injustice à l’égard des jeunes filles musulmanes qui seraient les seules à ne plus avoir le droit à la liberté vestimentaire.

N’oublions pas non plus le caractère intrinsèquement sexiste d’une telle décision. Au delà du fait que les femmes musulmanes sont déjà celles qui subissent le plus l’islamophobie, dans la mesure où 70% des actes islamophobes sont à l’encontre des femmes, quelle autorisation une telle circulaire donne-t-elle aux garçons et aux hommes dans le contrôle du corps des femmes et de leurs comportements quand l’Etat lui-même organise le contrôle des vêtements de jeunes femmes ? Comment peut-on encore scander “mon corps, mes droits, mes choix” ensuite ? Et en cas de violences ou de harcèlements sexistes ou sexuels, comment faire confiance à des représentants de l’Etat (personnel scolaire, policiers,…) pour se confier et dénoncer ces violences quand eux-mêmes, pourtant censés vous protéger, vous ont humiliée, ont traqué les centimètres de vos vêtements de façon obscène au collège ou lycée, quand vous étiez encore une enfant ?

Force est de constater que les réactions des différents partis politiques et des principaux syndicats ne sont pas à la hauteur, certains applaudissent des deux mains à l’unisson de l’extrême droite, ayant depuis longtemps perdu leur boussole politique. D’autres dénoncent une manœuvre politicienne qui détournerait des « vrais » problèmes que rencontrent l’Education Nationale, comme si l’islamophobie, le racisme et le sexisme s’exprimant à toutes les échelles de l’institution n’était pas un vrai problème. Car ne nous leurrons pas, certains personnels au sein de l’Education Nationale seront ravis de sortir leur mètre-ruban pour dénoncer des robes trop longues, ils et elles n’avaient d’ailleurs pas attendu les annonces de Gabriel Attal pour le faire.

Nous, femmes musulmanes, sommes épuisées face à cet acharnement politique et médiatique sans fin qui a des conséquences sur notre santé physique et notre santé mentale, sur nos parcours scolaires, notre droit à l’éducation, nos futurs possibles. Combien de jeunes filles vont se présenter chaque jour devant leur établissement, la boule au ventre, à se demander si aujourd’hui elles pourront accéder à l’enseignement, ou si pour cela elles devront être déshabillées de force en place publique par les agents de l’Etat. Combien renonceront à ce qui est un droit fondamental pour ne plus avoir à subir ce harcèlement quotidien ? Nous sommes épuisées de ce recul de nos droits, de ces milliers d’heures de débats publics sur nos corps, nos vêtements, nos pratiques, notre droit à la sécurité, à la dignité, à l’auto-détermination, face à des règles qui visent tout simplement à annihiler notre existence en tant que citoyennes françaises ou vivant en France. Éducation, travail, loisirs, combien de droits et de libertés nous seront encore arrachés ?

Nous envoyons toute notre force, notre amour et notre soutien à nos soeurs, nous lutterons à vos côtés pour que vous puissiez étudier, apprendre et grandir dans un environnement où toutes les femmes seraient libres de faire ce qu’elles souhaitent faire, de disposer de leur corps comme elles l’entendent et d’être qui elles veulent être, car chez Lallab nous défendons ce féminisme qui ne met à l’écart aucune femme en raison de ses choix vestimentaires.

Nous envoyons également toute notre force, notre amour et notre soutien aux personnels de l’Education nationale maltraités depuis des années, et particulièrement aux musulmane.s racisée.s qui devront encore une fois faire face aux suspicions et discours racistes et islamophobes de leurs collègues et supérieure.s hiérarchiques s’ils ou elles refusent de jouer ce rôle de flicage permanent et de délation des élèves que l’on cherche à leur imposer.

Et pour finir, que faire ?

➤ Soutenir les collectifs et associations qui agissent pour les droits des enfants, des femmes musulmanes et/ou racisées, des personnes musulmanes
➤ Créer du contenu et relayer les témoignages des premières concernées face aux violences sexistes, raciste et islamophobes au sein de l’Education Nationale (comme Lallab le fait depuis des années, et notamment dès l’édition 2019 du Muslim Women’s Day)
➤ Connaître ses droits, notamment en lisant cette fiche pratique réalisée par le CCIE, en se faisant accompagner par eux, par le Défenseur des Droits ou par un.e avocat.e
➤ Suivre le formidable collectif Féministes contre le cyberharcèlement, qui a compilé et qui relaie sur son compte Instagram une liste d’actions possibles pour lutter contre cette interdiction de l’abaya
➤ Lire également ce post de Queer Parlons Travail qui est un guide d’autodéfense et d’anti-islamophobie à l’école, réalisé suite à un atelier de Sud Education 93, lors de la journée antiracisme organisée par Queer Education.
➤ S’organiser collectivement

]]>
Critique de la raison masculine /2023/10/21/critique-de-la-raison-masculine/ Sat, 21 Oct 2023 09:01:56 +0000 /?p=2511 Lire la suite Lire la suite

]]>
Quels mécanismes sociaux et politiques transforment un enfant en un sujet de violence ? Quel rôle joue la masculinité normative dans l’organisation de la violence sociale et politique ? C’est à ces questions que Pinar Selek répond dans son dernier livre. À partir de l’exemple du service militaire turc, elle nous propose les bases d’une critique radicale de la masculinité hégémonique.

 

« Rien ne se fera, les ami·es, sans sonder les ténèbres qui font d’un bébé un assassin »

Rakel Dink, compagne du journaliste arménien Hrant Dink, assassiné le 19 janvier 2007

Il est des petits livres qui peuvent produire de grands effets. On espère que ce sera le cas de l’essai de Pinar Selek, paru ce mois aux éditions Des femmes-Antoinette Fouque :  Le chaudron militaire turc, Un exemple de production de la violence masculine.

Il s’agit là d’un livre à lire en entier, en une fois. Ce court essai d’une centaine de pages est un bloc. Un tout. Sa systématicité est sa radicalité. Mais c’est aussi un livre qui peut être lu et compris par chacune et chacun. Il ne s’agit pas d’un essai de sociologie érudite, même s’il exige un effort de la pensée. On n’en sort pas indemne. Il y a des phrases qu’on n’oubliera pas. Et des idées qui vont mûrir, nourrir notre réflexion et notre action.

Le point de départ de ce livre est une enquête de sociologie réalisée par Pinar Selek en 2007, alors qu’elle est encore en Turquie. À partir d’entretiens réalisés avec 79 soldats, elle étudie la construction de la masculinité hégémonique dans le système militaire turc. Le livre paraît en 2009 sous le titre lapidaire Devenir homme en rampant. Il rencontre un grand succès en Turquie, où il en est à sa neuvième édition. Il a même inspiré des mises en scène. On peut dire que ce livre a fait trembler le pouvoir turc. On mesure alors le courage qu’il y a à le republier quand le procès de Pinar Selek est toujours en cours, qu’elle est condamnée par le pouvoir turc à la prison à perpétuité et qu’elle est sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Sans parler des menaces de mort qu’elle continue de recevoir, aujourd’hui en France, où elle est exilée.

La traduction en français du livre parait pour la première fois en 2014 avec une préface de Jules Falquet, qui n’a rien perdu de sa force. Le chaudron militaire turc n’est pas une simple réédition, mais bien plutôt une réécriture, un élargissement de la réflexion de Pinar Selek au néolibéralisme et au contexte mondial de guerres. La sociologue étend son objet en se posant la question suivante : « Est-ce que l’expérience du service militaire en Turquie fait écho à d’autres institutions en parallèle dans d’autres contextes ? »

Il y a deux évènements qui ont scellé le destin de Pinar Selek.  Tout d’abord son arrestation en 1998, la torture qu’elle subit – elle en porte les séquelles encore aujourd’hui – et son emprisonnement de deux ans et demi, dont la raison principale est l’enquête sociologique qu’elle conduisait sur des militants kurdes. Ensuite l’assassinat de son ami journaliste arménien Hrant Dink, abattu de trois balles dans la tête en janvier 2007. Pinar Selek se souvient du jeune assassin de 17 ans qui criait ceci à la télévision, « fier et menaçant, le doigt accusatoire pointé devant lui » : « Sois raisonnable et ne perds pas ta vie ! Sois raisonnable ! ». Une autre phrase résonne très fort au cœur de la préface du livre, rédigée par Pinar Selek elle-même. Une phrase prononcée par Rakel Dink, la compagne du journaliste assassiné : « Rien ne se fera, les ami·es, sans sonder les ténèbres qui font d’un bébé un assassin ». Pinar Selek nous confie que ces deux phrases ont été le point de départ de son enquête. Cette enquête sociologique est devenue un livre public, qui concerne toute la société.

Pinar Selek commence par montrer qu’il existe différentes masculinités, hiérarchisées entre elles et qui se transforment en fonction des contextes sociaux. La masculinité hégémonique est un concept qui désigne « le type de masculinité qui domine, à un moment précis, les représentations générales de la masculinité ». Les six étapes par lesquelles se construit la masculinité dominante en Turquie sont la circoncision, la première expérience sexuelle, le service militaire, le travail, le mariage et la paternité. Ces étapes sont vectorisées et sont conçues par la sociologue comme des échelons à passer, des galons à gagner.

Après que la circoncision, entourée d’un rituel sacré, a « théâtralisé » le détachement de l’univers des mères, la première expérience sexuelle est l’occasion de transformer le pénis en phallus. Le corps masculin est ainsi transformé « en un symbole naturel de tout pouvoir ». Le phallus participe alors à la construction de la citoyenneté masculine, « une citoyenneté armée, dotée d’une arme de destruction sous son ventre. Une arme qui fonctionne. »

Le service militaire consomme la séparation et l’éloignement physique d’avec la famille et constitue l’entrée dans un monde exclusivement masculin. Il consacre « l’intégration d’une idéologie patriotique hautement valorisée ». « À partir de la fondation de l’État moderne turc, souligne Pinar Selek, le pouvoir se structure à travers des lieux d’enfermement tels que le service militaire obligatoire qui cumule plusieurs fonctions, dont la production de la classe de sexe dominante. »

La quatrième étape consiste dans l’obéissance aux règles du champ économique, à savoir l’exercice d’un travail. L’analyse de cette étape est assez sommaire dans l’essai et mériterait d’être étendue. La cinquième étape est le mariage « qui met en scène une pluralité de rapports de pouvoir phallocratiques ». La perte de la virginité « érige la pénétration au cœur des rapports sexuels », dans lesquels le phallus devient un instrument de destruction. La dernière étape est la paternité. C’est elle qui consacre le statut définitif de masculinité, qui passe donc par la fertilité. Fonder et gouverner une famille permet d’en être le chef.

Pinar Selek étudie ensuite « le chaudron militaire à l’œuvre ». Elle rappelle que la désertion s’est politisée à partir des années 1990, sous l’effet de la guerre civile contre les kurdes. Elle montre comment le service militaire participe à la répression de l’homosexualité. Les homosexuels et ceux qui ne sont pas aptes physiquement reçoivent en Turquie une attestation d’invalidité sur laquelle est écrit officiellement que la personne est « pourrie », traduction littérale du mot employé en turc. Une fois incorporé, celui qui a le titre de « soldat » jouit d’une considération sociale et familiale. On le surnomme le « Petit Mehmet », le petit sultan : « La tradition veut que les Mehmetçik soient servis à table par leur père ou leur oncle. Ce geste, qui leur paraît tout aussi bizarre que le fait d’être déguisé en petit sultan lors de la fête de leur circoncision, leur donne un avant-goût du pouvoir. »

La métaphore du chaudron ne vient pas de Pinar Selek elle-même. Elle est utilisée par un soldat : « Ali D. nous confie s’être senti comme un poisson évidé et jeté dans la poêle. D’ailleurs « tout le monde cuit dans le même chaudron », disent-ils, et c’est ainsi que commence la cuisson. La caserne devient un chaudron. » Pinar Selek, à travers les témoignages des soldats, montre comment la caserne devient un espace de désubjectivation et d’uniformisation. Devenir soldat c’est perdre son identité. Parfois dans la souffrance et les pleurs : « Les corps nus dressés par l’État se sentent vulnérables », écrit Pinar Selek. Le soldat ne reconnaît pas son propre regard dans le miroir. « Pour devenir « homme » il faut se soumettre à la matrice imposée, malgré l’absurdité. » Les soldats appartiennent désormais au grand corps unique et collectif de la masculinité, de l’armée.

L’étude montre concrètement, à partir des témoignages, comment se déroule « la reproduction des sujets-hommes » par l’ensemble des techniques du contrôle social et de la militarisation masculine. Cette dernière va de pair avec l’infantilisation. Et Pinar Selek de s’interroger sur le fait que les lettres des soldats à leur famille sont d’une étonnante pauvreté, peut-être parce que les courriers sont lus, mais aussi parce que les soldats n’ont plus rien à dire. « Illustrent-elles une pure absence de pensée », s’interroge alors la sociologue, qui fait référence à Hannah Arendt dans son analyse du totalitarisme. « S’adapter à l’absurdité va de pair avec le sentiment du vide », écrit-elle. C’est que « l’obéissance au non-sens-tue la réflexion ».

Les conditions sont dès lors réunies pour que la vulnérabilité se transforme en pouvoir. Des témoignages montrent comment les apprentis soldats, constamment surveillés, participent assez rapidement à l’exercice de surveillance. Les processus d’autocontrôle et de contrôle mutuel dans le travail en binôme deviennent une redoutable machine à produire des « sujets du pouvoir ». On songe bien sûr aux analyses de Foucault mais également à celles de Gilles Deleuze.  Pinar Selek souligne aussi que les soldats dont elle a recueilli les témoignages insistent dans leur discours sur « la façon dont ils ont ressenti leur transformation en quelqu’un de banal, insignifiant, vide, pauvre, automatique, rampant ». On retrouve ici le titre du livre dans sa première édition : Devenir un homme en rampant.

Désubjectivé, le soldat est prêt pour la cuisson. Le verbe « cuire » signifie dès lors l’acte de s’affermir, il renvoie à l’accoutumance. Le soldat s’habitue à l’ordre militaire, il arrondit ses angles, ils se fond dans le moule. Il devient raisonnable. La raison masculine est une accoutumance et un renoncement. Encore au bas de l’échelle hiérarchique le simple soldat peut se sentir humilié. Mais par les petits pouvoirs dont il va disposer progressivement il apprendra à tirer profit des avantages de la masculinité hégémonique. Pinar Selek rappelle alors dans une note, une idée importante formulée par Jules Falquet dans la préface à la première édition de 2014 : « En effet, les hommes peuvent accepter de passer un moment au plus bas de la classe des hommes, parce qu’ils savent pertinemment qu’il y a encore quelqu’un en dessous – l’ensemble des femmes. Cela rend beaucoup plus supportable leur position subordonnée. »

À plusieurs reprises dans ses analyses, Pinar Selek montre à quel point la raison masculine nous somme d’être raisonnables : être raisonnable signifie être capable de s’adapter à l’irrationnel, supporter l’insupportable. Être raisonnable c’est, comme l’écrit la sociologue à la fin du septième chapitre intitulé « Raison dangereuse », « s’adapter à la raison de l’État paramilitarisé.  À la raison sexiste, nationaliste, militariste, génocidaire, arbitraire et irrationnelle. À la raison dangereuse. » On ne peut transformer cette raison dangereuse qu’en la combattant. On ne sait pas si on peut s’en défaire, mais on ne peut pas la laisser faire.

Dans le dernier chapitre de son livre, intitulé « Renouvellement des dispositifs : même raison », Pinar Selek tente de répondre à une question difficile : les luttes sociales actuelles, en particulier les luttes des femmes et des minorités pour leurs droits, ne remettent-elles pas en cause la masculinité hégémonique ?  La réponse de la sociologue est triple.

Tout d’abord elle fait l’hypothèse que si les formes de surveillance et de contrôle se développent autant, c’est bien parce que le pouvoir a perçu le danger que constituent pour lui ces luttes. Elle souligne ensuite que la domination masculine n’a pas cessé de se développer en se cristallisant « autour de privilèges plus invisibles ». C’est que « les modèles antérieurs de masculinité hégémonique ont été recréés et transformés selon les nouveaux besoins d’une économie néolibérale et d’une idéologie néoconservatrice. »  La sociologue s’appuie alors sur les travaux de Jules Falquet qui montrent que « le contexte de la militarisation généralisée revitalise réellement et symboliquement la division traditionnelle du « travail » genré : les hommes s’arment et obligent les femmes aux « services » domestiques et sexuel ».

Enfin, après avoir rappelé les chiffres affolants des violences faites aux femmes dans notre pays, Pinar Selek ouvre la réflexion sur les stratégies mises en place par les hommes pour résister aux avancées concernant l’égalité entre les sexes, que ce soit les groupes masculinistes ou les tentatives de réhabilitation de la masculinité par la séduction, bien analysées par Mélanie Gourarier dans son livre Alpha mâle : Séduire les femmes pour s’apprécier entre hommes (Seuil, 2017). Contre cette réification de la violence masculine, liée structurellement à « l’ordre capitaliste », Pinar Selek garde intact son sens de l’utopie et nous rappelle que « ce qui est nouveau est en train de se former par le bas, par la convergence de mobilisations multiformes ».

Le livre de Pinar Selek est important. Il est dédié aux sœurs Mirabal. S’il existe certainement une sororité plus que symbolique entre la militante franco-turque et les femmes qui combattirent la dictature de la République Dominicaine, nous ne voulons pas croire qu’il y ait entre elles une communauté de destin.

Pascal Maillard

PS : Rappelons que Pinar Selek n’est pas seulement une sociologue féministe et antimilitariste engagée. Elle est aussi et peut-être d’abord écrivaine, poète, autrice de romans et de contes. Au moment où parait Le chaudron militaire turc, les éditions Des femmes-Antoinette Fouque éditent dans la prestigieuse « Bibliothèque des voix » un CD : la comédienne Ariane Ascaride, amie de l’autrice, lit Azucena ou Les fourmis zinzine, le second roman de Pinar Selek, dont j’ai eu le plaisir de rendre compte au moment de sa sortie, en 2022. C’est à lire ici. On peut consulter le site de mobilisation en soutien à Pinar Selek ainsi que son blog qui est sur Mediapart.

Illustration 1
Le chaudron militaire turc

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

 

 

]]>
mes parties génitales – planches anatomiques situées /2023/10/20/mes-parties-genitales-planches-anatomiques-situees/ Fri, 20 Oct 2023 12:47:53 +0000 /?p=2525 Version numérique disponible gratuitement sur WWW.VITEDESGENXRAGENTART

Version papier sur commande à 30€ +frais de port en écrivant à VITEGENXRAGENT@ZACLYS.NET

]]>
Une Histoire de la Pride/ Marche des fiertés /2023/04/01/une-histoire-de-la-pride-marche-des-fiertes/ Sat, 01 Apr 2023 08:21:47 +0000 /?p=2359 Lire la suite Lire la suite

]]>
PRIDE PRÉVU LE SAMEDI 24 JUIN 2023 À ST GIRONS

La marche des fiertés, Lesbian & Gay Pride (« fierté gay et lesbienne »), LGBTQIA+ Pride ou simplement Pride est la principale manifestation du mouvement LGBT ; elle est destinée à donner une visibilité aux personnes homosexuelles, bisexuelles, queer, transgenres ou autres et à revendiquer la liberté et l’égalité des orientations sexuelles et des identités de genre.

Créées à la suite des émeutes de Stonewall aux États-Unis en 1969, des marches des fiertés existent aujourd’hui dans de nombreux pays à travers le monde. Elles sont généralement organisées chaque année autour du mois de juin, le mois des fiertés.

Origines

Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, un groupe de personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres se rebellent contre les forces de police venues faire une descente au Stonewall Inn, un bar gay de New York situé dans Christopher Street. La lutte entre les forces anti-émeutes et les personnes présentes fait rage pendant plusieurs jours. Les émeutes de Stonewall sont depuis considérées comme une étape majeure dans la lutte pour l’égalité des droits entre personnes hétérosexuelles, bisexuelles et homosexuelles, transgenres et cisgenres.

Quatre mois après les émeutes, le 2 novembre 1969, Craig Rodwell, son compagnon Fred Sargeant, Ellen Broidy et Linda Rhodes proposent qu’un défilé soit organisé à New York pour commémorer « les manifestations spontanées de Christopher Street »2. La suggestion est faite à Philadelphie lors d’une réunion de la Eastern Regional Conference of Homophile Organizations (ERCHO), une organisation rassemblant différents mouvements homophiles. Elle est adoptée à l’unanimité des personnes présentes, à l’exception des membres de la section new-yorkaise de la Mattachine Society, qui s’abstiennent. À la suite de cette adoption, des militants de Chicago, San Francisco et Los Angeles décident de commémorer également les émeutes de Stonewall.

Les réunions de préparation de la première Pride new-yorkaise commencent début janvier 1970 dans l’appartement de Craig Rodwell, au 350 Bleecker Street. Y participe notamment Brenda Howard, une militante bisexuelle connue comme la « mère de la Fierté ». Cette dirigeante de la première heure du Gay Liberation Front et de la Gay Activists Alliance coordonne l’événement.

Le samedi 27 juin 1970, la première Pride au monde se déroule à Chicago, suivie par une autre à San Francisco. Le lendemain, des rassemblements plus importants ont lieu à New York (sous le nom de Christopher Street Liberation Day) et Los Angeles.

En Europe, la première marche se déroule le 29 avril 1972 ; elle réunit 200 personnes à Münster en Allemagne.

                           Boston – Pride 2016

]]>
Une Histoire du 8 mars, date dédiée à la lutte pour les droits des femmes /2023/03/01/quelle-est-lorigine-de-la-journee-du-8-mars-dediee-a-la-lutte-pour-les-droits-des-femmes/ Wed, 01 Mar 2023 09:17:26 +0000 /?p=2357 Lire la suite Lire la suite

]]>
La manifestation new-yorkaise censée être à l’origine de la Journée internationale des droits des femmes n’a… jamais eu lieu ! Retour sur ce mythe démasqué par l’historienne Françoise Picq.

Les origines de la Journée internationale des femmes, lancée en 1910, reposent en réalité sur un mythe. Françoise Picq, historienne, l’a « démasqué » dès la fin des années 1970 : « À l’époque, toute la presse militante, du PCF et de la CGT, comme celle des “groupes femmes” 1 du Mouvement de libération des femmes, relayée par les quotidiens nationaux, écrivait que la Journée des femmes commémorait le 8 mars 1857, jour de manifestation des couturières à New York. » Or cet événement n’a jamais eu lieu ! « Les journaux américains de 1857, par exemple, n’en ont jamais fait mention », indique Françoise Picq. Et il n’est même pas évoqué par celles qui ont pris l’initiative de la Journée internationale des femmes : les dirigeantes du mouvement féminin socialiste international.

Une itiniative du mouvement socialiste

Car c’est un fait, « c’est en août 1910, à la IIe conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague, à l’initiative de Clara Zetkin, militante allemande, qu’a été prise la décision de la célébrer », ajoute l’historienne. La date du 8 mars n’est pas avancée, mais le principe est admis : mobiliser les femmes « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe ». La Journée des femmes est donc l’initiative du mouvement socialiste et non du mouvement féministe pourtant très actif à l’époque. « C’est justement pour contrecarrer l’influence des groupes féministes sur les femmes du peuple que Clara Zetkin propose cette journée, précise Françoise Picq. Elle rejetait en effet l’alliance avec les “féministes de la bourgeoisie”. »

 

Clara Zetkin, enseignante, journaliste et femme politique allemande

C’est Clara Zetkin, une enseignante, journaliste et femme politique allemande, qui est la réelle instigatrice de la Journée internationale des femmes.

 

Quelques années plus tard, la tradition socialiste de la Journée internationale des femmes subit le contrecoup du schisme ouvrier lié à la IIIe Internationale. C’est en Russie que la Journée des femmes connaît son regain : en 1913 et en 1914, la Journée internationale des ouvrières y est célébrée, puis le 8 mars 1917 ont lieu, à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), des manifestations d’ouvrières que les bolcheviques désignent comme le premier jour de la révolution russe. Une nouvelle tradition est instaurée : le 8 Mars sera dès lors l’occasion pour les partis communistes de mobiliser les femmes. Après 1945, la Journée des femmes est officiellement célébrée dans tous les pays socialistes (où elle s’apparente à la fête des mères !).

Les couturières new-yorkaises, un mythe né en 1955

Mais alors comment est né le mythe des couturières new-yorkaises ? « C’est en 1955, dans le journal L’Humanité, que la manifestation du 8 mars 1857 est citée pour la première fois », explique Françoise Picq. Et l’origine légendaire, relayée chaque année dans la presse, prend le pas sur la réalité. Pourquoi détacher le 8 Mars de son histoire soviétique ? « Selon l’une de mes hypothèses, poursuit-elle, Madeleine Colin, qui dirige alors la CGT, veut l’affranchir de la prédominance de l’UFF2 et du parti communiste pour qu’elle suive ses propres mots d’ordre lors du 8 Mars. La célébration communiste de la Journée des femmes était devenue trop traditionnelle et réactionnaire à son goût… » Et c’est pourquoi, en se référant aux ouvrières américaines, elle la présente sous un nouveau jour : celui de la lutte des femmes travailleuses…

]]>